Les tendances de la chaussure
Confronté aux conditions d'achat drastiques des fournisseurs et à une clientèle exigeante, les professionnels de la chaussure trouvent des solutions : adhésion à un groupement d'achat, franchise, diversification de leur activité, etc.
Le marché
Divisée par quatre depuis 1994, la production française de chaussures est en perte de vitesse. Environ 44 % de son chiffre d'affaires est réalisé par les commerces indépendants qui se sont positionnés dans le moyen de gamme supérieur et dans le haut de gamme. Ils jouent un rôle essentiel dans le maintien de la production française.
Parallèlement, les modes de commercialisation ont été bouleversés. Les détaillants indépendants ne représentent plus que 20 % des ventes, talonnés par les succursalistes ou franchisées (14 %) et dépassés par les grandes surfaces spécialisées (23 %) et les magasins de sport (21 %).
Les boutiques spécialisées en centre-ville n'ont pas forcément disparu. Mais, moins nombreuses, elles se sont repositionnées.
Les principales villes de la circonscription de la CCIA, entre 1983 et 2010, ont connu des sorts plus contrastés :
- à Alençon : 15 points de vente en 1983, 9 en 2010,
- à L'Aigle : 6 en 1983, 5 en 2010,
- à La Ferté-Macé : 4 en 1983, 3 en 2010,
- à Mortagne-au-Perche : 3 en 1983, 2 en 2010.
Dans les petites communes, la présence d'un magasin de chaussures devient l'exception.
Les modes d'achat ont évolué
Les représentants rechignent à visiter des commerces de petite dimension. Les achats se font à l'occasion des salons nationaux et régionaux et surtout des show-rooms régionaux organisés par les marques. Février-mars et septembre-octobre sont les deux périodes d'achat.
Depuis un an, la profession rencontre des difficultés avec la diminution des délais de paiement, imposée par les pouvoirs publics. De 90, voire 120 jours de délais, ils sont passés à 60 jours. Un accord national, signé par la profession, donne jusqu'à fin 2011 pour se mettre en règle. Mais, cela ne résout pas les problèmes de trésorerie actuels ou à venir. La solution, paradoxale pour une mesure qui voulait favoriser la production française, trouvée par certains professionnels est d'acheter directement en Espagne et en Italie.
Face à ce constat, comment les magasins de l'Orne résistent-t-ils ?
Zoom sur...
Josiane Desvaux a ouvert un commerce indépendant à Longny-au-Perche en 1977. Elle a rejoint un groupement d'achat qui lui permet d'accéder à certaines marques qu'elle ne pouvait pas avoir avant. Ses achats ne passent pas uniquement par le groupement, car elle ne retrouve pas l'ensemble des produits-catalogues des marques. L'exploitante essaie de privilégier les fabricants français, mais regrette le manque de traçabilité des produits. Autre difficulté : le minimum d'achat imposé par certaines marques et les conditionnements standard par carton qui ne correspondent pas forcément aux caractéristiques de sa clientèle. Confiante dans l'avenir, depuis 18 mois, Josiane Desvaux a adjoint une activité de vente de vêtements, et a rénové et agrandi son point de vente.
Jean-Luc Duhéron a créé son magasin à La Ferté-Macé en 1983. En 1985, il opte pour la franchise ERAM. Il exploite un autre magasin sous la même enseigne à Evron, dans la Mayenne. Il réalise sa propre collection dans la gamme de produits proposée par le groupe qui est suffisamment large. Le groupe établit un cadencier de livraison en lien avec le franchisé. Les stocks en magasin sont donc allégés et les problèmes de trésorerie évités, les facturations se faisant après chaque livraison. Environ 60 % de ses achats ont lieu en juin, le restant se faisant au cours de la saison. La gestion informatisée des stocks du groupe lui permet de se réapprovisionner en cours de saison dans une collection complémentaire. Si les achats de produits basiques continuent à s'effectuer en Asie, le groupe fait appel, pour les produits élaborés, aux pays d'Europe de l'Est et d'Afrique du Nord. Après 25 années en tant que franchisé, le commerçant fertois ne regrette pas son choix.



