Avoir l'œil sur ses actionnaires

16/08/2010

Exercer une veille sur la concurrence ou les nouvelles technologies est une action familière à tout dirigeant d'entreprise. Mais il vient moins à l'esprit de s'interroger sur ses actionnaires. Et pourtant...


actionnairesLes entreprises, et à plus forte raison celles qui sont cotées en Bourse, veillent avec soin aux intérêts de leurs actionnaires. Mais sont-elles aussi vigilantes sur leurs mouvements ou leurs tactiques ?
A travers des signaux faibles, anticipent-elles d'éventuelles menaces ?

Un scénario fictif mais plausible

Voici, à titre d'exemple, le cas fictif d'un fonds d'investissement américain que l'on nommera SAM et qui détient 10 % du capital d'un groupe français baptisé SOFI.

1ère étape
Actionnaire le plus important de SOFI, SAM augmente sa part à 14 %. Mécontent de la direction de SOFI, il affirme que le groupe français est mal géré et qu'il devrait changer sa stratégie. SAM préconise de racheter un autre groupe américain KENT, acquisition qui, selon lui, permettrait de passer au troisième rang mondial. Les dirigeants de SOFI repoussent cette suggestion, estimant que seules quelques unités de KENT auraient de l'intérêt.

2ème étape
L'investisseur américain précise sa menace. Les mandats de 9 des 11 membres du conseil d'administration arrivant à échéance, les administrateurs devront être renouvelés, ou remplacés, selon le vote des investisseurs, lors de la prochaine assemblée générale. SAM propose alors de présenter 9 candidats aux élections du conseil d'administration : 2 membres de SAM et 7 membres indépendants choisis par lui. L'actuel PDG de SOFI se trouve donc menacé d'éviction, lors du vote.

3ème étape
Le président refuse, estimant que la proposition de 9 candidats est déséquilibrée au regard du capital de SAM (soit 12,70 %) dans SOFI. Il dénonce la volonté de « prise de contrôle » de la part de SAM.

4ème étape
Finalement, toutes les propositions de SAM sont rejetées. Le président de SOFI est plébiscité et renouvelé dans ses fonctions.

Mais l'issue aurait pu être différente.
Avec l'alliance d'un autre fonds d'investissement, SAM aurait pu compter sur 17 % du capital de SOFI pour faire entendre sa voix. Sur la base du taux de participation de 38,6 % à la dernière assemblée générale, il aurait suffi que d'autres actionnaires, pesant 2 à 3 %, votent avec eux pour que les administrateurs présentés par SAM soient élus et la direction de SOFI évincée.

Le groupe SOFI avait vu venir le danger. En alerte, il a anticipé la menace, préparé sa défense, en mobilisant les actionnaires susceptibles d'être ses alliés. On comprend mieux tout l'intérêt de la veille sur les actionnaires.

Quelques bonnes questions à se poser

Pour anticiper des événements potentiellement dangereux, il est opportun de se poser les bonnes questions et d'y répondre :

  • Quel est jour après jour, le volume d'échange d'actions de sa société ?
  • Si le volume de tel jour est significatif, qui sont les acheteurs ?
  • Quelles sont leurs intentions ? Quelle est leur stratégie ?
  • La société est-elle attentive à voir venir suffisamment tôt une « offre » inamicale ?
  • Quels genres de signaux faibles doit-on traquer pour se tenir en alerte ?
  • Que connaît le dirigeant de ses actionnaires les plus significatifs, potentiellement mobilisables si nécessaire et en temps voulu ?
  • Etc.

A retenir
Facteur d'incertitude, un actionnaire peut aussi bien s'avérer un acteur providentiel que devenir une menace. Mieux vaut le suivre dans ses manœuvres pour ne pas être surpris, et anticiper une éventuelle tentative de prise de contrôle.

 

Brigitte Triquet
02 33 82 82 93
triquet@alencon.cci.fr

 

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